jeudi 17 mars 2011

Paul. Le "mystère" et la "plénitude"



Le « mystère » désigne ce que l’on peut appeler une transposition de ce temps, celui de l’histoire, à un temps éternel, caché, et à présent dévoilé comme manifestation du Royaume dans le Christ ressuscité.

En lui, tout est « récapitulé ». Il est la « plénitude » d’un univers réconcilié.

La question de la transposition du niveau historique et temporel au niveau d’un temps éternel est ici essentielle : sans cela, on risque en permanence de lire le « mystère » comme une simple substitution historique, substitution de l’Église temporelle à Israël !

Or l’Église historique est tout autant historique que l’Israël historique ! Il n’y a là nul « mystère » !

L’Église dont il est question ici, référence au peuple au désert dans la Torah — le Qahal / Ecclesia / Église —, est la transposition vers le temps éternel de ce peuple en cheminement dans l’histoire. Cela concerne Israël comme les Églises historiques, locales (ou nationales) chez Paul, l’Église du temps éternel étant seule universelle, étant le Qahal en cheminement transposé (une transposition qui n’est pas absente dans la tradition juive, mais dont Paul estime qu’elle est dévoilée dans sa plénitude par la résurrection du Christ). L’Église (le Qahal) en chemin dans le temps est transposée dans la foi en Église (Qahal) éternelle, comme plénitude d’un temps éternel, celui de la résurrection, incluant anges et hommes, juifs et nations.

C’est cela qui ouvre dans le temps l’intégration des nations à l’Alliance. Cela reste dans le temps, sans substitution. L’élargissement aux nations consécutif au dévoilement du mystère ne se confond pas avec l’Église du temps éternel comme « plénitude » du Christ ressuscité…




Éphésiens 1
9 Il nous a fait connaître le mystère de sa volonté, le projet bienveillant qu'il s'était proposé en lui,
10 pour le réaliser quand les temps seraient accomplis : récapituler tout dans le Christ, ce qui est dans les cieux comme ce qui est sur la terre.


Éphésiens 3
3 C'est par révélation que le mystère a été porté à ma connaissance, comme je viens de l'écrire en quelques mots.
4 En lisant cela, vous pouvez comprendre l'intelligence que j'ai du mystère du Christ.
5 Ce mystère n'avait pas été porté à la connaissance des fils des hommes dans les autres générations comme il a été révélé maintenant par l'Esprit à ses saints apôtres et prophètes :
6 à savoir que les non-Juifs ont un même héritage, sont un même corps et participent à la même promesse, en Jésus-Christ, par la bonne nouvelle
7 dont je suis devenu ministre, selon le don de la grâce de Dieu qui m'a été accordée par l'opération de sa puissance.
8 A moi, le moindre de tous les saints, cette grâce a été accordée d'annoncer aux non-Juifs, comme une bonne nouvelle, la richesse insondable du Christ
9 et de mettre en lumière pour tous la réalisation du mystère caché de tout temps en Dieu, le créateur de tout ;
10 afin que la sagesse de Dieu, dans sa grande diversité, soit maintenant portée, par l'Eglise, à la connaissance des principats et des autorités dans les lieux célestes
11 selon le projet éternel qu'il a réalisé en Jésus-Christ, notre Seigneur.



Colossiens 1
25 je suis devenu le ministre [de l’Église] en vertu de la charge que Dieu m'a confiée à votre égard : achever l'annonce de la parole de Dieu,
26 le mystère tenu caché tout au long des âges et que Dieu a manifesté maintenant à ses saints.



Romains 11
24 si toi tu as été retranché de l'olivier naturellement sauvage et, contrairement à la nature, greffé sur l'olivier franc, à plus forte raison eux seront-ils greffés selon leur nature sur leur propre olivier.
25 Car je ne veux pas, mes frères, que vous ignoriez ce mystère, afin que vous ne vous croyiez pas trop avisés […].



Éphésiens 1
19 la grandeur surabondante de sa puissance envers nous qui croyons, selon l'opération souveraine de sa force.
20 Il l'a mise en œuvre dans le Christ, en le réveillant d'entre les morts et en le faisant asseoir à sa droite dans les lieux célestes,
21 au-dessus de tout principat, de toute autorité, de toute puissance, de toute seigneurie, de tout nom qui puisse se prononcer, non seulement dans ce monde-ci, mais encore dans le monde à venir.
22 Il a tout mis sous ses pieds et l'a donné comme tête, au-dessus de tout, à l'Eglise 23qui est son corps, la plénitude de celui qui remplit tout en tous.



Colossiens 1
12 rendez grâce au Père qui vous a rendus capables d'accéder à la part d'héritage des saints dans la lumière.
13 Il nous a délivrés de l'autorité des ténèbres pour nous transporter dans le royaume de son Fils bien-aimé,
14 en qui nous avons la rédemption, le pardon des péchés.
15 Il est l'image du Dieu invisible,
le premier-né de toute création ;
16 car c'est en lui que tout a été créé
dans les cieux et sur la terre,
le visible et l'invisible,
trônes, seigneuries,
principats, autorités ;
tout a été créé par lui et pour lui ;
17 lui, il est avant tout,
et c'est en lui que tout se tient ;
18 lui, il est la tête du corps — qui est l'Eglise.
Il est le commencement,
le premier-né d'entre les morts,
afin d'être en tout le premier.
19 Car il a plu à Dieu de faire habiter en lui toute plénitude
20 et, par lui, de tout réconcilier avec lui-même,
aussi bien ce qui est sur la terre que
ce qui est dans les cieux,
en faisant la paix par lui,
par le sang de sa croix.
21 Quant à vous qui étiez autrefois étrangers et ennemis, dans votre façon de penser et par vos œuvres mauvaises,
22 il vous a maintenant réconciliés, par la mort, dans son corps de chair, pour vous faire paraître devant lui saints, sans défaut et sans reproche.



Colossiens 2, 9
En lui habite corporellement toute la plénitude de la divinité.



Paul (6) - Le "mystère" et la "plénitude"
R.P., KT Adultes
Antibes 17.03.2011




vendredi 4 mars 2011

"Ne vous conformez pas au monde présent" (Romains 12,2)



Le cas de la Côte d’Ivoire au prisme du discours médiatique dominant…

« Quelque chose cloche à Abidjan ». C’est le titre d’un article de l’écrivain et journaliste Jean-Claude Guillebaud : « Les résultats électoraux ne sont pas si clairs que ça, affirme-t-il ; le jeu des grandes sociétés occidentales l'est encore moins. Quelque chose commence à se troubler dans le discours médiatique concernant la Côte d'Ivoire. »

D’autres expriment leur trouble de façon plus explicite encore.

Ainsi le célèbre écrivain béninois Olympe Bhêly-Quenum, citant le professeur de Droit Albert Bourgi : « Jamais dans l'histoire des relations franco-africaines, une crise n'aura soulevé autant de parti pris médiatico-politique en France que celle que vit la Côte d'Ivoire depuis bientôt une dizaine d'années. Aujourd'hui, comme hier en septembre 2002, lors du déclenchement d'une rébellion militaire ouvertement soutenue, voire totalement planifiée par un chef d'État voisin […] ».

Ou encore Gaston Kelman, auteur de plusieurs essais à succès : « Le désarmement de la rébellion [était le] préalable indispensable à la tenue d’élections fiables. La communauté internationale n’en a cure et [presse le président ivoirien] d’organiser les élections dans des conditions dont on sait qu’elles conduiront inévitablement vers une impasse. Les élections ont lieu. Au Nord, la rébellion est toujours armée. Le lendemain du deuxième tour [on s’accorde sur] la baisse de la participation par rapport au premier tour. On parle de 70%. Le même jour, un communiqué de […] la représentation armée des Nations Unies en Côte d’Ivoire fait état d’un taux de participation "avoisinant les 70%". Le jour après, miracle, le taux de participation fait un bond de sauteur à la perche et franchit la barre des 80%. La "communauté internationale" et l’ONUCI valident […]. [Les] élites françaises, la journaliste et l’intellectuelle, ne sont pas en reste. La presse tout entière [à de rares exceptions] relaie à l’envi [...] ».

Ce sont là les interrogations de trois écrivains, parmi tant d’autres. Sans écho ; comme sont tombées dans le silence ou ont été traitées par l’ironie celles de politiques français, à droite comme à gauche, de (entre autres) Philippe Évanno à Jean-François Probst ou à Roland Dumas, qui affirment avoir « les preuves » que le gagnant n’est pas celui qui a été proclamé tel par les médias de la « communauté internationale » !

Face à l’unanimité médiatique, le soupçon s’est alors fait jour. J.-C. Guillebaud cite le Talmud : « si tout le monde est trop vite d'accord pour condamner un prévenu, alors mieux vaut le libérer, car tout jugement unanime est suspect »… Invitant à y voir de plus près… En deçà des raccourcis médiatiques : le président de la commission électorale, à quelques minutes de sa forclusion, annonçait à la Côte d’Ivoire n’avoir abouti à aucun résultat. Conduit le lendemain au QG d’un des deux candidats par les ambassadeurs de France et des États-Unis, il y annonce à une TV étrangère un chiffre qui sera repris en boucle par les médias… et validé par le représentant du secrétaire général de l’Onu, donnant ce candidat, A.D. Ouattara, vainqueur — avec un surplus de 10% de la participation par rapport à celle retenue la veille. Le chiffre annoncé ne sera pas ratifié par le conseil constitutionnel : l’organe suprême ivoirien proclame la victoire de l’autre candidat, L. Gbagbo… Mais le discours médiatique et politique dominant passe outre ou déconsidère, apparemment inaccessible au doute…

Sur cette base médiatique, pleuvent les menaces — militaires, économiques…, et les ultimatums, pour que Gbagbo se démette. Ce qui conduit… à discréditer son adversaire ! Déjà les oppositions du continent africain ont pris position en faveur de Gbagbo. Celui-ci en appelle à un recomptage des voix et à un examen des PV électoraux, démarche de plus en plus largement soutenue en Afrique… Mais que refusent obstinément ses antagonistes, jusqu’au secrétaire général de l’Onu qui juge qu’un recomptage serait… « injuste » (sic) !…

Des faits brouillés par une unanimité médiatique trop imperméable aux questions. Aux jours qui sont les nôtres, ceux des puissances médiatiques, nouvelles idoles, dans un monde trouble et confus, avec ses nombreux foyers d’instabilité —, l’exhortation de Paul, en vue de l’exercice de l’esprit critique face à tout discours ambiant trop unanime, revêt une criante actualité : « Ne vous conformez pas au monde présent, mais soyez transformés par le renouvellement de votre intelligence » (Romains 12, 2).

R.P.
Paru dans Echanges n°359 mars 2011, p. 26