jeudi 24 décembre 2015

Les Mages, le Père Noël et les autres




Et voilà le père Noël... Avec ses allures de lutin des traditions scandinaves...

Dans l'Évangile selon Matthieu, les Mages, prêtres lointains, amenaient des cadeaux aux pieds du Messie biblique, aux pieds d'un enfant né dans les ténèbres de l'humilité - la nuit, donc, dans le temps angélique - pour couvrir de lumière jusqu'à sa Galilée mal sortie de cette nuit, selon Ésaïe (ch. 9, v. 1-2).

Ces fameux Mages venus d’Orient, le pays d’où se lève le soleil, les voilà bientôt sacrés rois, accomplissant les prophéties annonçant les rois de toutes les nations venant à Jérusalem, devenus trois Rois-Mages représentant les rois des trois continents d'alors, rois rayonnants de lumière, là où Matthieu les présentait comme des prêtres arrivant peut-être quelques deux ans après l’événement - des savants dira-t-on bientôt, miraculeusement présents, grâce à leur science des étoiles, la nuit du 25 décembre -0001. Car voilà qu'on s’est mis à enseigner aussi que Jésus est né un 25 décembre. Mais, nous disent les savants, les successeurs des Mages en quelque sorte, le 25 décembre c'est impossible : les bergers de Luc ne pouvaient être dans les champs en cette saison. Et de nous faire remarquer que le 25 décembre est la date d'une fête païenne en l'honneur du soleil - vénéré alors sous la forme de telle ou telle divinité solaire, comme Mithra, dont quelques Mages étaient peut-être, selon leur religion, des adeptes.

Alors, fête du Messie biblique, Messie de Bethléem, ou fête païenne ? Et si, comme tout en étant né à Bethléem en Judée, Jésus est aussi galiléen, - si sous un certain angle, un angle bien réel, Jésus était vraiment né un 25 décembre ? Si nos païens d'ancêtres dans la foi, avaient vraiment été saisis par l'Esprit de Dieu, Esprit par lequel on perçoit que ce Messie biblique concerne aussi les païens ? Qu'est-ce en effet que le 25 décembre ? C'est la fête du solstice d'hiver, le moment où la nuit cesse de croître et où le jour augmente, le moment où la lumière nous rejoint dans nos ténèbres. Ne dit-on pas que Jésus est le soleil de justice ? Voilà que dans l'Empire romain, on fêtait ce jour-là la fête du soleil, et voilà que le christianisme a triomphé dans l'Empire même, après trois siècles de persécution. Certes le temps est resté le temps, l’Empire est resté l’Empire, persécutant bientôt, hélas, tous ceux qui n’étaient pas chrétiens, juifs comme païens. Mais les plus sages ont discerné quand même dans cette rencontre d’une fête solaire un signe que ceux les savants d'aujourd'hui pourraient ne pas reconnaître parce que cela ne correspond pas à la rigueur de l'Histoire.

Dans l'Histoire, Jésus n'est pas né un 25 décembre. Certes. Mais si l'on est attentif on peut être à même de percevoir qu'il est aussi une autre dimension. Rappelons-nous que les anges ont empli les cieux de leur louange au jour de la naissance de Jésus. Et que le temps des anges n'est pas le nôtre, qu'il est entre le nôtre et celui de Dieu, où "mille ans sont comme un jour". Si, en toute rigueur historienne, Jésus n'est effectivement sans doute pas né un 25 décembre, ne sont-ils pas éclairés de ce qu'il est des réalités au-delà des nôtres, ceux qui ont soupçonné les vérités de ce temps des anges, un temps dont le vrai signe dans notre temps est effectivement le 25 décembre. Ici le jour nouveau se lève, brillant d'une lumière dont on ne soupçonnait pas même l'existence, on passe des temps nocturnes de nos âmes aux temps solaires, au temps du soleil de justice, qui concerne tous les peuples, qui concerne les païens.

Et voilà que l’on date à présent nos siècles à partir de sa naissance. Et que l’on est passé avec le Christ à un calendrier solaire - car le calendrier liturgique biblique est lui un calendrier lunaire, au cœur duquel est inscrite aussi la promesse de la lumière, exprimée par la fête juive de Hanoukka, célébrée aussi en ces temps de solstice d’hiver. Voici un calendrier, solaire, se levant du solstice solaire d'hiver, dont le premier mois, janvier, est celui qui succède immédiatement à celui donné pour la naissance de Jésus, huit jours après, c’est-à-dire le jour de sa circoncision - selon le temps angélique s'entend.

Point de contradiction ici : le Messie de la Bible concerne bien aussi les païens. C'est vers lui, vers sa lumière, que sont venus les Mages, des nations d'Orient. C'est vers lui que se dresse l'arbre de Jessé, père de David roi d'Israël, comme l'arbre de toute la création qui se dresse vers sa lumière qu'annonce cette même étoile des Mages.

Et à y regarder de près, les yeux de la foi découvrent alors que cette fête que l'on dirait païenne est celle de la bonne nouvelle du salut de Dieu pour les païens, que représentent les Mages. Elle est celle du chant de toute la création à la rencontre de la lumière à laquelle elle est appelée.

Car c'est bien là le sens de l'arbre de Noël, figure de celui de Jessé et de celui de toute la création que Dieu fait croître à sa rencontre. Symbole païen ? Introduit par la réforme luthérienne pour symboliser la vérité du 25 décembre, celle de la naissance du Christ. Un arbre qui se dresse vers la lumière annoncée par l'étoile, comme celui de la famille de Jessé et de David et celui de toute la création vers son salut. Cela en passant par la faute même qu'il s'agit de couvrir, symbolisée par les boules de nos arbres, qui sont au départ simplement des pommes stylisées - pommes (malum en latin), pommes du bien et du mal, mal (malum aussi en latin) englouti par le Christ dans la lumière, qui dès lors parcourt toute la création, lumière figurée elle par les guirlandes de lumière qui courent dans tout l'arbre.

Et le père Noël, avec ses allures de lutin ? On a évoqué l’histoire des Mages, ces prêtes persans qui menaient des cadeaux aux pieds d'un David biblique, aux pieds d'un enfant né dans les ténèbres de l'humilité - la nuit, donc, dans le temps angélique - pour couvrir de lumière jusqu'à sa Galilée païenne.

Il enseignera que les plus petits que nous croisons sont lui-même venus dans le secret. C'est là ce qu'a très bien compris un évêque de l'Antiquité, nommé Nicolas, devenu saint Nicolas parce qu'il ne supportait pas, lui disciple d'un enfant pauvre, de voir la misère, plus particulièrement celle des enfants. Alors en secret, il leur faisait des cadeaux qui allégeaient leur peine, comme les Mages offrant leurs dons au Christ.

Plus tard, toujours la réforme luthérienne - fructueuse en pays scandinave - découvrait que saint Nicolas, dans son humilité, dévoilait des actions angéliques. Derrière saint Nicolas, un simple homme, s'ouvre le monde angélique, dévoilant lui-même la réalité de Dieu. Un ange est derrière saint Nicolas, comme derrière les Mages, étrangers en visite, rappelant les étrangers visitant Abraham, et dans lesquels le patriarche reconnaissait le présence angélique, et la présence de Dieu même lui annonçant la naissance de son enfant. Un ange est derrière saint Nicolas, ange qui sera figuré sous les traits des anges scandinaves, elfes et lutins, et qui emprunte au passage la pourpre épiscopale du saint qu'il représente à une célèbre boisson gazeuse l'embauchant pour une publicité ! C'est la figure du père Noël, que dévoile saint Nicolas, une figure angélique du don gratuit.

Alors contrairement à ce que s'imaginent ceux qui sont lourds à comprendre, le père Noël existe, manifestation angélique de l'art de donner dans le secret, de l'art de donner de la joie à ceux qui ressemblent au nouveau-né dans sa crèche.

Et derrière cette figure angélique, il y a au plus haut des cieux, comme le proclament les anges effectivement présents à Noël selon les Évangiles - il y a la présence du don suprême, le grand cadeau de Dieu par lequel la paix vient sur la terre aux hommes de bonne volonté, - don de Dieu réconciliant le monde de la Bible et celui des païens, le cadeau par lequel il prouve définitivement son amour envers nous.

Joyeux Noël !


R.P., Poitiers, Veillée de Noël, 24.12.15


dimanche 13 décembre 2015

Métempsycose, évanescence et bouddhisme




"Métempsycose" est un terme grec signifiant littéralement "changement en âme". Il s'agit pour cette doctrine de traduire l'idée que la vie universelle, spirituelle, ou "âme", psychè en grec, commune à tout l'univers, fait éternellement retour – cette récurrence, ce retour, étant le signe d'un changement, donc d'une imperfection, puisque dans le monde grec ancien, le changement était conçu comme un défaut, la perfection consistant en stabilité. Changement dans l'âme, âme commune, et non pas changement de corps, se qui se dirait "métensomatose". Cette doctrine, la métempsycose, a été répandue en Grèce à travers le mouvement pythagoricien, puis Platon, dont le succès a occasionné l'expansion de la théorie dans les pourtours de la Méditerranée.

En termes différents, l'Inde – ici le mot est samsara, – pense la même chose que les Grecs : il y a une faille dans l'univers, et l'expression de cette faille est l'individualité, qui est mouvante, changeante, partielle, "morceau" imparfait détaché de l'"âme" universelle. Pour la pensée de l'Inde, cette dégradation de l'âme universelle en vies individuelles est une conséquence de la loi du karma, elle est comme une rétribution des actions qui sont finalement globalement mauvaises. La vie individuelle est une sorte de malédiction dont il s'agit de se libérer en s'unissant au Moi universel, c'est-à-dire l'Atman-Brahman ; s'y unir pour accéder au-delà du cycle incessant des dégradations individuelles et personnelles de cette âme commune à tous, âme supra personnelle. Point question en cela d'une âme individuelle – de mon âme – qui se réincarnerait comme le ferait un esprit touriste du temps et de l'espace. Il n'y a là qu'âme supra personnelle dont les expressions individuelles – toi, moi, un tel, etc. – sont autant de chutes, de chutes dans l'illusion.

Quant au bouddhisme, c'est avec des nuances, parfois non négligeables, qu'une vision approchante y a été enseignée, et que par lui, elle a été diffusée largement en Orient – sans compter son impact jusque dans la pensée occidentale moderne. D'origine indienne, le bouddhisme ne fait qu'accentuer la vision réputée hindouiste de l'individualité. Il l'a peut-être même précédée dans le temps. Selon Albert Schweitzer, c'est seulement "lorsque l'idée de réincarnation commence à préoccuper les masses et que l'angoisse des renaissances successives s'empare des cœurs que se déclenche le grand mouvement de renoncement"... Or, pour Schweitzer, "ce n'est qu'avec le jaïnisme et le bouddhisme que la mystique hindoue serait devenue une négation du monde" (le jaïnisme est une religion de l'Inde née à la même époque que le bouddhisme, et qui n'est pas sans ressemblance avec lui).

Le bouddhisme est porteur par excellence de ce second corollaire indispensable à l'éclosion de la doctrine de la métempsycose, relatif à la réalité individuelle : le moi individuel y est nettement illusoire : tout moi permanent est au fond inexistant – comme toute réalité –, ce qui fait que les bouddhistes lettrés n'hésitent pas à affirmer que selon leur conception de la métempsycose, il n'y a rien qui transmigre. Alexandra David Néel, célèbre spécialiste de la question, le dit en ces termes, concernant le bouddhisme du Tibet : "les Tibétains lettrés paraissent souvent fortement opposés aux théories semi populaires... qui dépeignent le pèlerinage d'une entité quelque peu semblable [...] à l'âme des chrétiens. Rien ne transmigre, disent les adversaires de ces théories".

C'est au point que l'enseignement du Bouddha a pu même être, dans les milieux ascétiques et spirituels de l'Inde qui ont vu éclore la doctrine du samsâra, de la métempsycose, l'élément essentiel de cette éclosion. La certitude de base concernant l'idée que rien n'est permanent, donne à la métempsycose une force telle qu'elle peut facilement s'y passer de l'illustration populaire de la transmigration des âmes. La métempsycose y a toute sa force logique, rejoignant le "tout s'écoule", panta rei, du philosophe de l'Antiquité grecque Héraclite, comme le fleuve qu'il donne pour illustration, où l'on ne se baigne jamais deux fois : d'où donc, "rien ne transmigre". Tout se meut, fluctue, il n'est pas d'élément stable, pas même une âme.

On touche ici sans doute à la signification profonde de la doctrine, selon laquelle tout est évanescent – cf. l'Ecclésiaste ! – à commencer par l'illusion d'un "moi", fruit d'une chute hors de la vérité de nos êtres, vérité inaccessible à nos concepts, débouché d'une cessation (nirvana) de l’illusion et de la douleur qui lui est liée : rejonction de ce qui nous précède et nous déborde infiniment, nous préexiste au fond – et d'où viennent les "délivreurs" que sont les bodhisattva, pour les courants du bouddhisme (mahayana) qui en admettent l'idée, rejoignant les philosophies parlant de préexistence, du zoroastrisme au platonisme, et tant d'autres…


RP
Traditions religieuses et spiritualités

Église protestante unie de France / Poitiers
Catéchisme pour adultes 2014-2015
Chaque 3e mardi du mois à 14 h 30
& chaque jeudi qui suit le 3e mardi à 20 h 30
3) 15 & 17 décembre – Bouddhisme | et regard sur philosophies d'Asie, zoroastrisme, monde grec et platonisme (PDF)


lundi 7 décembre 2015

Le temps




Ecclésiaste 3, 1-13 (trad. Segond) :

1 Il y a un temps pour tout, un temps pour toute chose sous les cieux :
2 un temps pour naître, et un temps pour mourir ; un temps pour planter, et un temps pour arracher ce qui a été planté ;
3 un temps pour tuer, et un temps pour guérir ; un temps pour abattre, et un temps pour bâtir ;
4 un temps pour pleurer, et un temps pour rire ; un temps pour se lamenter, et un temps pour danser ;
5 un temps pour lancer des pierres, et un temps pour ramasser des pierres ; un temps pour embrasser, et un temps pour s’éloigner des embrassements ;
6 un temps pour chercher, et un temps pour perdre ; un temps pour garder, et un temps pour jeter ;
7 un temps pour déchirer, et un temps pour coudre ; un temps pour se taire, et un temps pour parler ;
8 un temps pour aimer, et un temps pour haïr ; un temps pour la guerre, et un temps pour la paix.
9 Quel avantage celui qui travaille retire-t-il de sa peine ?
10 J’ai vu à quelle occupation Dieu soumet les fils de l’homme.
11 Il fait toute chose bonne en son temps ; même il a mis dans leur cœur la pensée de l’éternité, bien que l’homme ne puisse pas saisir l’œuvre que Dieu fait, du commencement jusqu’à la fin.
12 J’ai reconnu qu’il n’y a de bonheur pour eux qu’à se réjouir et à se donner du bien-être pendant leur vie ;
13 mais que, si un homme mange et boit et jouit du bien-être au milieu de tout son travail, c’est là un don de Dieu.


*

Fernando Pessoa, Le livre de l'intranquillité, 250 :

Sans passé heureux, dont le souvenir pourrait me rendre le bonheur ; et sans vie présente qui me réjouisse ou m'intéresse ; sans aucun rêve ou possibilité d'un avenir qui soit différent de ce présent, ou qui possède un passé différent de ce passé – je gis ma vie, spectre conscient d'un paradis où je n'ai jamais vécu, cadavre-né d'espérances à naître.


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Augustin d'Hippone, Les Confessions (trad. M. Moreau – 1864), Livre 11, chapitres 14 & 20 :

XIV. Qu’est-ce donc que le temps ? Si personne ne m’interroge, je le sais ; si je veux répondre à cette demande, je l’ignore. Et pourtant j’affirme hardiment, que si rien ne passait, il n’y aurait point de temps passé ; que si rien n’advenait, il n’y aurait point de temps à venir, et que si rien n’était, il n’y aurait point de temps présent. Or, ces deux temps, le passé et l’avenir, comment sont-ils, puisque le passé n’est plus, et que l’avenir n’est pas encore ? Pour le présent, s’il était toujours présent sans voler au passé, il ne serait plus temps ; il serait l’éternité. Si donc le présent, pour être temps, doit s’en aller en passé, comment pouvons-nous dire qu’une chose soit, qui ne peut être qu’à la condition de n’être plus ? Et peut-on dire, en vérité, que le temps soit, sinon parce qu’il tend à n’être pas ?

XX. Or, ce qui devient évident et clair, c’est que le futur et le passé ne sont point ; et, rigoureusement, on ne saurait admettre ces trois temps : passé, présent et futur ; mais peut-être dira-t-on avec vérité : Il y a trois temps, le présent du passé, le présent du présent et le présent de l’avenir. Car ce triple mode de présence existe dans l’esprit ; je ne le vois pas ailleurs. Le présent du passé, c’est la mémoire ; le présent du présent, c’est l’attention actuelle ; le présent de l’avenir, c’est son attente. Si l’on m’accorde de l’entendre ainsi, je vois et je confesse trois temps ; et que l’on dise encore, par un abus de l’usage : Il y a trois temps, le passé, le présent et l’avenir ; qu’on le dise, peu m’importe ; je ne m’y oppose pas : j’y consens, pourvu qu’on entende ce qu’on dit, et que l’on ne pense point que l’avenir soit déjà, que le passé soit encore. Nous avons bien peu de locutions justes, beaucoup d’inexactes ; mais on ne laisse pas d’en comprendre l’intention.



*

Petite réflexion sur Ecc 3, 11 & 12 :

Si notre temps, nos moments ('eth / kairos) qui se succèdent (au rythme des saisons – zeman / chronos), sont signe de perte, de manquement, de déficience, ils sont cependant « rachetables » comme tels, comme instants éternels, en bonheur (Ecc 3, 12) : cf. « rachetez le temps », le moment ('eth / kairos) – dans les termes de Paul (aux Ep 5, 16 ; ou aux Col 4, 5), termes qu'il accompagne d’une citation d’Amos (5, 13) – « car les jours sont mauvais » – où le prophète recommande au peuple une conduite intelligente de silence et de recherche de Dieu, pour détourner la menace qui pèse la corruption d’un mauvais temps. Il s’agit d’imprégner ce temps, cet instant (kairos) de la plénitude du temps céleste, du monde éternel ('olam, aïon/éon).

Il s’agit de racheter le moment ('eth / kairos) en vivant selon le temps éternel ('olam / aïon/éon), dans le repos de Dieu. Dans l'alternance des temps des versets 1-8, adviennent des moments difficiles, voire terribles, et des moments favorables. C’est la brèche de l’irruption du salut du temps, de l'instant ('eth / kairos) : ici se rachète le temps, l'instant, qui sans cela est la mesure de notre déperdition (zeman / chronos), mesure de ce qui passe.

Dans la perception du cœur (Ecc 3, 11) qu’il est un temps éternel, 'olam / aïon, une plénitude conçue intuitivement comme donnée dans notre seul rapport vrai au temps, c'est-à-dire comme instant ('eth / kairos) – dans cette perception d'une plénitude qui n’est pas marquée par le manque, une saisie vraie de nos instants reçus comme temps total nous les donne comme possibilité de bonheur.

Ainsi apparaît ce qu’il faut faire dans le présent pour « racheter le temps » : ne pas se soumettre à une vision de ses fluctuations qui le feraient percevoir comme perte, ne pas se conformer au siècle présent (cf. Ro 11), mais se fixer résolument dans la vérité, loi du siècle éternel, incorruptible, pour racheter chaque instant de ce temps-ci. Emplir chaque instant de gratuité...

Vivre dans le siècle éternel se manifeste ainsi en ce siècle dans une attitude concrète : il ne s’agit pas de le fuir, mais d’en signifier dans la fidélité au quotidien, le rachat de chaque instant, don de gratuité, comme présence du siècle éternel.


RP
L'Ecclésiaste

Église protestante unie de France / Poitiers
Étude biblique 2015-2016
Chaque 3e mardi du mois à 14 h 30
& chaque jeudi qui suit le 3e mardi à 20 h 30
3. 8 & 10 décembre (ch. 3) Le temps - (PDF ici)