samedi 17 décembre 2016

« Que ton Nom soit sanctifié »



Exode 3:14-15 Dieu dit à Moïse : Je suis celui qui suis. Et il ajouta : C’est ainsi que tu répondras aux enfants d’Israël : Celui qui s’appelle "je suis" m’a envoyé vers vous.
Dieu dit encore à Moïse : Tu parleras ainsi aux enfants d’Israël : L’Éternel, le Dieu de vos pères, le Dieu d’Abraham, le Dieu d’Isaac et le Dieu de Jacob, m’envoie vers vous. Voilà mon nom pour l’éternité, voilà mon nom de génération en génération.
Exode 20:7 Tu ne prendras point le nom de l’Éternel, ton Dieu, en vain ; car l’Éternel ne laissera point impuni celui qui prendra son nom en vain.

Lévitique 19:12 Vous ne jurerez point faussement par mon nom, car tu profanerais le nom de ton Dieu. Je suis l’Éternel.
Lévitique 22:32 Vous ne profanerez point mon saint nom, afin que je sois sanctifié au milieu des enfants d’Israël. Je suis l’Éternel, qui vous sanctifie.


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Reprise en prière avec les Psaumes — résumés dans le Notre Père, ici sous l'angle de la sanctification du Nom. Une centaine de citations exaltent le Nom dans les Psaumes. Extraits des premiers et derniers Psaumes :

Psaume 5:11 (5-12) Alors tous ceux qui se confient en toi se réjouiront [...] ; Tu seras un sujet de joie Pour ceux qui aiment ton nom.
Psaume 7:17 (7-18) Je louerai l’Éternel à cause de sa justice, Je chanterai le nom de l’Éternel, du Très-Haut.
Psaume 8:1 Éternel, notre Seigneur ! Que ton nom est magnifique sur toute la terre !
Psaume 9:2 (9-3) Je ferai de toi le sujet de ma joie et de mon allégresse, Je chanterai ton nom, Dieu Très-Haut !
[...]
Psaume 145:2 Chaque jour je te bénirai, Et je célébrerai ton nom à toujours et à perpétuité.
Psaume 145:21 Que ma bouche publie la louange de l’Éternel, Et que toute chair bénisse son saint nom, A toujours et à perpétuité !
Psaume 148:5 Qu’ils louent le nom de l’Éternel ! Car il a commandé, et ils ont été créés.
Psaume 148:13 Qu’ils louent le nom de l’Éternel ! Car son nom seul est élevé ; Sa majesté est au-dessus de la terre et des cieux.
Psaume 149:3 Qu’ils louent son nom avec des danses, Qu’ils le célèbrent avec le tambourin et la harpe !


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Le besoin de signes de reconnaissance est incontournable pour se sentir exister, pour continuer à le faire. Pour cela l’autre qui donne ces signes est indispensable — au point que si l'on ne reçoit pas de signes positifs donnés par l'autre, on va tout faire pour en obtenir de sa part, même des signes négatifs s'il le faut, fût-ce à son propre détriment.

Cela est lié à notre perception de Dieu / Elohim comme puissance(s) qui nous déborde infiniment, et YHWH comme perception de Dieu comme nous étant favorable, via la promesse qui est dans ce nom comme nom d'Alliance (Ex 3, 14-15). Sanctifier le nom de Dieu, c'est aussi percevoir Dieu comme nous étant favorable, comme Père, et apprendre à percevoir via cette foi/confiance/emounah les signes qui nous sont donnés comme ultimement positifs. Sanctifier le Nom est déjà combat de prière pour l'avènement du Règne de Dieu, et déjà victoire !

Sacré et saint (deux traductions possibles de la même racine en hébreu — qadosh/qodesh, קדוש ; de même via deux mots en grec — hieros, ἱερός et hagios, ἅγιος ; sacer et sanctus en latin) peuvent être distingués en cela : le sacré est réception de l'ultime comme propre à faire trembler, « tremendous », pas nécessairement positif ! Où la profanation du Nom de Dieu, prendre son Nom en vain, revient à jouer contre soi. Aussi la reprise des règles ambiantes de protection du sacré est porteuse d'un tout autre sens, presque inverse, mais tout autant sujettes à susciter crainte et tremblement, puisqu’ici la promesse d'un regard heureux sur soi est en jeu — avec une différence de taille : on n'est pas face à un destin implacable et tragique éventuellement, mais face à une promesse d'Alliance pour l'accomplissement d'un Règne heureux, d'une perception de soi et du prochain digne, « selon l’image ». C'est ma dignité et celle de quiconque qui est en jeu dans la sanctification du Nom.

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Le saint est une spécification du sacré, signifiée dans la sanctification du Nom, mais il a des ressemblances avec le sacré en un sens général, le sacré où s'enracine le religieux.

(Extrait de RP, « Le sacré et la répulsion », Cercle Philo-sophia, Sophia-Antipolis 2010 :)
Le sacré (dans lequel et par rapport auquel le saint se spécifie) est ce que le religieux investit, mais il dépasse le religieux, y compris en ce qu'il n'a plus cette certaine dimension relative du religieux : relier, ou relire — selon les deux étymologies du mot « religion » — c'est forcément relatif à quelque chose, ce qui offre donc la possibilité d'une prise de distance, que ne permet pas forcément le sacré.

Au point qu’on pourrait dire que le sacré c’est aussi le religieux, mais qui n'est pas conscient de l’être ! Ou qui n'est pas encore conscient de l'être, ou qui n'est plus conscient de l'être.

Les sociétés humaines s’organisant autour d’un sacré, même non-dit (surtout non-dit), y fondent le critère du rejet de leurs hérésies (les cathares ont disparu, mais on leur a trouvé bien des successeurs) et de leurs sacrilèges... La répulsion.

La religion peut être envisagée comme « l’institutionnalisation de l’expérience du sacré, — du sacré institué —, par rapport au sacré instituant de l’expérience elle-même ». « Avant d’être nommée, mise en mots, spiritualisée, cette expérience est d’abord intensément vécue. » (cit. http://g.bertin.pagesperso-orange.fr/SACRE.htm)

Le sacré suscite le tremblement, tremens. On est face à quelque chose de terrible, tremendus en latin, comme avec une autre écriture en anglais : tremendous ! Mis en ordre dans la religion, le sacré perd ipso facto quelque chose quelque chose de sa puissance. S’il est institutionnalisé, domestiqué donc, il est moins imprévisible, moins terrible, déjà en marche vers sa profanation et son remplacement. Et on ne profane collectivement que ce qui n’est déjà plus sacré, ou qui est le sacré d’autrui — que ce soit moquerie sur une religion, ses symboles ou ses clercs, ou une institution d’État ou autre personnage royal.

Tel est le paradoxe du rite qui dessine le sacré, l’espace sacré, le temps sacré, le personnage sacré. Et telle est pourtant la fonction de la religion : autant de règles d’approche désignant le sacré pour le rencontrer sans le profaner. Des règles à observer minutieusement sous peine de voir le sacré déborder dans le recouvrement de son déferlement et de son danger. Mais en lui faisant perdre son trop grand danger, la religion est déjà, comme telle, en route vers sa propre profanation. S’il n’y a plus lieu de trembler, s’il n’y a là, à terme, plus rien de « tremendous », de terrifiant, il n’y a là bientôt plus rien de particulièrement sacré.

Mais, si le sacré est l’expérience de l’ultime, expérience que de toute façon nous faisons, qui est même caractéristique de l’humanité, il va ressurgir par un autre bout, par un autre biais.

Une religion nouvelle va émerger, un ésotérisme nouveau va réinstiller du mystère, une espérance eschatologique nouvelle va réorienter la transcendance — vers le futur —, l’émotion communautaire va renouer du lien, etc.

Et plus le sacré sera conscient d’être religieux, percevra son rite comme religion, et moins il sera potentiellement puissant et ravageur. Et en rapport avec ce nouveau sacré, d’autant plus puissant qu’il n’est pas nommé vont se faire jour de nouveaux sacrilèges, de nouvelles hérésies et de nouvelles profanations, le pôle de la répulsion qui désigne le sacré en négatif, qui permet de le percevoir en miroir.

Confondre le religieux qui civilise le sacré, et le sacré qui le précède, le suit, et le déborde infiniment, c’est se condamner à ne pas percevoir notre propre sacré, moteur de nos actes et de nos conceptions du monde, de nos idées de ce qui est acceptable et de ce qui ne l’est pas. Quand la religion, quand telle religion est regardée de haut, la question se pose de savoir, au nom de quel sacré s’opère cette relégation.

Pour aller un peu plus loin, quand la notion même de sacré semble n’avoir plus rien de « tremendous », la question se pose de savoir quel nom nouveau a emprunté la nouvelle sacralité, qui peut donc aller jusqu’à ne même plus se reconnaître sous le nom de « sacré »…

La sanctification du Nom signifie le Nom qui est au-delà de tous ces aléas du sacré, la sanctification du Nom est alors promesse du Royaume.


RP
Le Notre Père

Église protestante unie de France / Poitiers
Catéchisme pour adultes 2014-2015
Chaque 3e mardi du mois à 14 h 30
& chaque jeudi qui suit le 3e mardi à 20 h 30
3) 20 & 22 décembre - Première demande : « Que ton nom soit sanctifié » (PDF ici)


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