vendredi 17 février 2017

« Donne-nous aujourd'hui notre pain de ce jour »




D'un pain à l'autre, d'aujourd'hui à demain, ou du quotidien au supersubstantiel, des pierres à la parole de Dieu (cf. Mt 4, 1-11) — cf. ici la question du pain "de demain".

Relecture des Psaumes…

Psaume 78, 24 Il fit pleuvoir sur eux la manne pour nourriture, Il leur donna le blé du ciel.

Ps 37, 25 J’ai été jeune, j’ai vieilli ; Et je n’ai point vu le juste abandonné, Ni sa postérité mendiant son pain.
Ps 78, 20 Voici, il a frappé le rocher, et des eaux ont coulé, Et des torrents se sont répandus ; Pourra-t-il aussi donner du pain, Ou fournir de la viande à son peuple ?
Ps 78, 25 Ils mangèrent tous le pain des grands, Il leur envoya de la nourriture à satiété.
Ps 104, 15 Le vin qui réjouit le cœur de l’homme, Et fait plus que l’huile resplendir son visage, Et le pain qui soutient le cœur de l’homme.
Ps 105, 40 A leur demande, il fit venir des cailles, Et il les rassasia du pain du ciel.
Ps 127, 2 En vain vous levez-vous matin, vous couchez-vous tard, Et mangez-vous le pain de douleur ; Il en donne autant à ses bien-aimés pendant leur sommeil.
Ps 132, 15 Je bénirai sa nourriture, Je rassasierai de pain ses indigents ;
Ps 146, 7 Il fait droit aux opprimés ; Il donne du pain aux affamés ; L’Éternel délivre les captifs ;


De la rouspétance comme prière… exaucée

Tout commence par l’expression d’une amertume : la rouspétance face à un manque évident, celui du rassasiement du temps de l’esclavage (Ex 16, 2-3) ! Et en premier lieu, du rassasiement du corps. La faim…

Une amertume et une rouspétance qui visent le libérateur — et derrière le libérateur apparent, Moïse (v. 2), celui qui ne se voit pas, Dieu. Une rouspétance qui dès lors s’apparente à une… prière ! — puisque adressée à Dieu (v. 8) !

Une prière exaucée (Ex 16, 11) : la manne, la « qu’est-ce que c’est » selon le sens du mot (Ex 16, 15) — la manne agrémentée de viande de caille.

Et comme don de Dieu, « pain du ciel » (Psaume 78, 24), l’exaucement porte un appel à la confiance : on ne recueillera de manne que pour un jour, deux jours pour le shabbath. Si l’on en recueille plus, elle pourrit… (cf. Exode 16)


Du rassasiement

« Ne me donne ni pauvreté, ni richesse, accorde-moi le pain qui m’est nécessaire ; de peur que, dans l’abondance, je ne te renie et ne dise : Qui est l’Éternel ? Ou que, dans la pauvreté, je ne dérobe, et ne m’attaque au nom de mon Dieu. » (Proverbes 30, 8-9)

La mise en garde du Proverbe est la leçon que n’ont pas prise les pèlerins du désert : la manne devenue fade à leur goût… Les cailles, plus goûteuses finiront par les gaver !

« Si tu trouves du miel, n’en mange que ce qui te suffit, de peur que tu n’en sois rassasié et que tu ne le vomisses. » (Proverbes 25, 16)

Avec le pain, la manne, les cailles, comme don du ciel, du minimum à l’abondance, c’est tout la question de la prière et de ce que nous demandons qui est posée : de la prière comme rouspétance exaucée, à l’exaucement comme découverte que ce que l’on demandait ne correspondait pas à notre vrai désir !

« Fais de l’Éternel tes délices, Et il te donnera ce que ton cœur désire. » (Ps 37, 4) (cf. Nombres 11)


D'une nostalgie à l'autre

Dans le livre de l’Exode (cf. ch. 16), nous voyons le peuple regretter amèrement le temps qui lui apparaît ensuite ironiquement comme le temps de son rassasiement ! — à savoir le temps de son esclavage. Et de rouspéter contre Moïse et Aaron qui leur ont fait quitter « les marmites de viande » pour leur donner la sécheresse du désert !

Dès lors, nous sont données des scènes dignes de Job ou de Jérémie fatigués devant le poids de la vie : « que ne sommes nous morts […] en Égypte » ! « Pourquoi ne suis-je pas mort dès les entrailles de ma mère » s'exclamait Job (3, 11) ; ou le prophète Jérémie : « malheur à moi, ma mère, car tu m'as fait naître » (Jér 15, 10). Et contre cette inévitable douleur, contre la douleur d'exister, au fond, la douleur de devenir selon le projet de Dieu, une nostalgie radicale perce dans la rouspétance, dans la protestation contre tout inconfort en fin de compte : celle de la bienheureuse éternité, inscrite de façon confuse et indélébile au cœur de nos mémoires.

*

De même dans le livre de l'Exode, lorsque le peuple prend à partie Moïse et Aaron, ceux-ci remarquent : « ce n'est pas contre nous que sont dirigés vos murmures, c'est contre le Seigneur » (Ex 16, 8). C'est là encore ce que, en écho inversé, enseignera Jésus : « ce n'est pas Moïse qui vous a donné le pain venu du ciel, mais mon Père qui vous donne le vrai pain venu du ciel » (Jean 6, 32).

Un déplacement, du corps et de ses besoins, du temps provisoire,… au Royaume présent au milieu de nous ; telle est la porte qui s'ouvre sur le Règne de Dieu qui est au cœur (demande centrale, la 3e) de la prière enseignée par Jésus, un chemin qui s'ouvre dans la relecture priante, dans les Psaumes, du chemin d'Exode que dessine la Torah.


RP
Le Notre Père

Église protestante unie de France / Poitiers
Catéchisme pour adultes 2014-2015
Chaque 3e mardi du mois à 14 h 30
& chaque jeudi qui suit le 3e mardi à 20 h 30
5) 21 & 23 février — Troisième demande : « Donne-nous aujourd'hui notre pain de ce jour » (PDF ici)


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