lundi 19 octobre 2015

Traditions religieuses et spiritualités




Les civilisations sont plurielles, la culture – dont le spirituel et le religieux – a certes plusieurs entrées – comme les traditions religieuses et spiritualités diverses –, mais elle est une, et universelle, la même en quelque sorte pour tous, de quelque continent, tradition, ou civilisation que l'on parle. Il n'y a pas de frontières aux idées, aux héritages symboliques et religieux, aux acquis, de telle sorte qu'on a d'autant plus de culture que l'on déborde, ou que l'on va plus loin que son entrée initiale dans la culture. Est plus cultivé, a donc plus de culture, celui ou celle qui, de tel pays qui l'a vu naître et grandir a étendu sa curiosité aux autres pays, continents, traditions, etc. Bref quelle que soit notre entrée dans la culture et dans le religieux – et il n'y a aucune hiérarchie d'une entrée à une autre – la culture et la vie spirituelle sont, et ont toujours été, la même pour toute l'humanité, étant en cela universelles.

La culture est une, les civilisations sont plurielles ; il en est de même du religieux, constituant incontournable de la culture, qui est un, je vais dire en quoi, tandis que les religions et spiritualités sont plurielles, comme le sont les cultes et les traditions qui leurs sont afférents.

Je vous propose de penser le religieux, comme culture spirituelle, selon trois pôles – cela vaut pour toutes les traditions et civilisations du monde. Je nommerai ces trois pôles : archétypal – prophétique – philosophique. Ils concernent la culture commune de l'humanité, ils en concernent toutes les traditions, religions et civilisations.

Le pôle archétypal est le pôle qui se rapproche le plus de ce qui concerne l'autochtonie du religieux, on va voir en quoi, sans être étanche, loin s'en faut, aux apports non-autochtones.
J’emprunte le vocable, renvoyant aux archétypes, à C.G Jung, qui lui-même emprunte le terme à Platon. Lesdits archétypes présentés par Jung relèvent de la structure fondamentale des êtres humains, étant inscrits dans l'inconscient, et dans l'inconscient collectif. Ils prennent des figures diverses selon les lieux et civilisations, mais ils ont quelque chose de fondamentalement commun sous ces figures diverses. Ils se déploient dans le rêve et dans les mythes. Ce pôle, archétypal, correspond donc simplement à ce qu'on appelle les religions traditionnelles – je dirais plutôt l'aspect traditionnel du religieux – qui existe sur tous les continents, et qui a sur tous les continents une coloration autochtone, tout en n'étant pas limité à l’autochtonie. Des recoupements d'un pays à l'autre, d'une tradition à l'autre, sont possibles. Ainsi d'Osiris identifié à Dionysos par les Grecs.
C'est ainsi que d'Hérodote (Ve s. av. JC) à Jules César (Ier s. av. JC), on a reconnu sous les figures des dieux et sous les légendes et mythes, l'équivalent d'un pays à l'autre. C’est en ce sens que le pôle archétypal est bien universel. Du chamanisme aux traditions africaines et aux mythes européens, on a affaire à des déploiements divers de la structure archétypale inconsciente des êtres humains, inconscient personnel et collectif.

Une autre pôle est celui que j'ai appelé le pôle prophétique. Prophétique en ce sens qu'il porte une interrogation permanente sur le pôle archétypal, de l'ordre d'un approfondissement intuitif. Ce pôle est très prégnant dans les traditions se réclamant de la figure biblique d'Abraham, et de ce qu'André Chouraqui a appelé son intuition assumée comme révélation, concernant sa vocation par le Dieu Un, unifié, à un déplacement radical, à quitter ce en quoi il se reconnaît, ou croit se reconnaître pour « aller vers », « aller pour », « aller pour lui ». Les remises en question prophétiques portées à ce pôle ne valent pas négation du pôle archétypal (bien qu'elles connaissent ce risque), ni a fortiori destruction de celui-ci, mais valent en regard des déploiements archétypaux dont le pôle prophétique participe aussi.
Ainsi, ce pôle s'impose de lui-même largement, voire universellement, au-delà de sa sphère d’émission première. Très prégnant dans les traditions se réclamant du personnage d'Abraham, ce pôle est repérable aussi ailleurs. Pour l'Antiquité, on a souvent parlé du zoroastrisme persan, peut-être aussi chez Akhenaton en Égypte, que je situe pour ma part plutôt dans le 3e pôle, le pôle philosophique.

Le pôle philosophique relève, à partir des pôles archétypal et prophétique, d'un processus d'abstraction, d'un dégagement de principes. Avec le risque de perdre de vue l'enracinement archétypal et prophétique de ce travail d'abstraction, voire la négation de leur légitimité. Sous cet angle, l’histoire de l'Europe laisse apparaître que les ruptures entre les trois pôles correspondent à des moments de désintégration dangereux.
Comme figures connues de ce travail religieux de dégagement de principes, je citerai bien sûr Platon et Bouddha, où sur la base de mythes ou d'ascèse religieuse, et par un travail philosophique, se dégage une relecture unifiante du religieux.
On trouve aussi le processus d'abstraction philosophique dans l'art. On peut penser à la statuaire grecque à la recherche de l'archétype de la Beauté. On peut penser aussi aux représentations et à la statuaire de l'art africain, ou aux masques, qui relèvent du travail abstraction.

Ce sont donc ces trois pôles que j'aurai en vue dans la lecture des quelques traditions religieuses et spiritualités de l'humanité que l'on essayera d'aborder cette année.


RP – texte extrait et adapté de mon intervention
au colloque de l'UPACEB
du 25/09/15

Traditions religieuses et spiritualités

Église protestante unie de France / Poitiers
Catéchisme pour adultes 2014-2015
Chaque 3e mardi du mois à 14 h 30
& chaque jeudi qui suit le 3e mardi à 20 h 30
1) 20 & 22 octobre 2015
Introduction – du religieux, traditions et spiritualités (PDF)



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